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Prime Cost en Restauration : le Guide de Calcul Complet

Deux postes décident du résultat d'un restaurant : ce que vous achetez et ce que vous payez à votre équipe. Additionnés, ils forment le prime cost. Quand il dérape de trois points sans que personne ne s'en aperçoive, l'année est déjà jouée.

Restaurateur calculant son prime cost à partir de ses achats et de sa masse salariale

La plupart des exploitants que je rencontre suivent leur coût matière. Beaucoup moins suivent leur masse salariale au même rythme. Résultat : ils regardent une moitié du problème et s'étonnent que le résultat ne suive pas alors que le ratio matière est bon.

Le prime cost répare ça. Il réunit les deux postes dans un seul chiffre, celui que vous pouvez comparer d'un mois sur l'autre et sur lequel vous avez vraiment la main. Ce guide vous donne la formule pas à pas, les ratios cibles par segment, un exemple chiffré complet, la marche à suivre quand le ratio dérape et les erreurs de calcul qui rendent le chiffre inexploitable.

Ce que couvre le prime cost et ce qu'il ne couvre pas

Le prime cost additionne vos deux postes de charges les plus lourds : la consommation de matières premières (nourriture et boissons) et la masse salariale chargée. Rapportée au chiffre d'affaires hors taxes, cette somme donne un pourcentage.

Son intérêt tient à une chose : ce sont les deux seuls gros postes sur lesquels vous agissez au quotidien. Votre loyer est fixé par le bail. Votre assurance et votre crédit-bail sont contractuels. En revanche, un planning mal calibré ou une commande passée trop large se décide le matin même et se paie le mois suivant.

Ce que le prime cost ne couvre pas : le loyer, les fluides, les assurances, la comptabilité, l'entretien, les amortissements et les intérêts d'emprunt. Un prime cost correct ne garantit donc pas un restaurant rentable, il garantit seulement qu'il reste de quoi payer le reste.

Pourquoi ce ratio et pas un autre

Un coût matière à 27 % qui accompagne une masse salariale à 42 % n'est pas une bonne nouvelle. Regarder les deux séparément permet de se rassurer sur celui qui va bien. Le prime cost enlève cette échappatoire.

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Le calcul du prime cost, pas à pas

Le calcul tient en trois étapes. La difficulté n'est pas la division, elle est de collecter les bons chiffres sur la bonne période.

01 La consommation de matières

Pas les achats : la consommation. Formule : stock initial + achats − stock final. Sans inventaire de début et de fin de période, vous mesurez ce que vous avez commandé, pas ce que vous avez utilisé. Un mois où vous remplissez la cave fait exploser les achats sans que rien n'ait été consommé.

Prenez les montants hors taxes, denrées et boissons confondues. Le détail du calcul du coût matière, avec les méthodes réelle, flash et théorique, est traité dans le guide de la marge et du coût matière.

02 La masse salariale chargée

Tout ce que le personnel vous coûte réellement sur la période : salaires bruts, charges patronales, heures supplémentaires, extras, intérim, primes et avantages en nature. Ajoutez la rémunération du dirigeant s'il travaille dans l'établissement, ce qui est le cas presque partout en indépendant.

Prenez les charges de la période concernée, pas celles réglées sur la période. Un décalage de paiement d'un mois suffit à rendre la comparaison entre deux mois illisible.

03 Le rapport au chiffre d'affaires

Formule complète : prime cost % = (consommation matières + masse salariale chargée) ÷ chiffre d'affaires HT × 100. Le chiffre d'affaires se prend hors taxes, comme les charges. Comparer des charges HT à un CA TTC gonfle artificiellement le CA et vous fait croire à un ratio meilleur qu'il n'est.

Exemple chiffré : la trattoria de Luigi

Luigi tient une trattoria d'une quarantaine de couverts, ouverte midi et soir du mardi au samedi. Voici son mois de mars, chiffres réels sortis de sa comptabilité et de son inventaire.

Chiffre d'affaires HT du mois32 000 €
Stock initial6 200 €
Achats matières HT10 100 €
Stock final6 700 €
Masse salariale chargée (dirigeant inclus)10 900 €
Consommation matières = 6 200 + 10 100 − 6 700 = 9 600 €
Prime cost = 9 600 + 10 900 = 20 500 €
Prime cost % = 20 500 ÷ 32 000 × 100 = 64,1 %

Luigi est à 64,1 %, dont 30 % de matières et 34,1 % de personnel. Il reste 11 500 € pour couvrir le loyer, les fluides, les assurances, la compta, l'entretien, les remboursements d'emprunt et sa marge. C'est jouable dans une trattoria à la carte courte, à condition que le loyer reste contenu.

Coût matière
30,0 %
Masse salariale
34,1 %
Reste pour le fixe
35,9 %

Notez que si Luigi avait pris ses achats bruts (10 100 €) au lieu de sa consommation (9 600 €), il aurait affiché 65,6 % et cherché un problème qui n'existait pas. Un point et demi d'écart sur un simple oubli d'inventaire.

« Le prime cost ne vous dit pas quoi faire. Il vous dit où regarder. C'est déjà l'essentiel. »

Les ratios cibles selon votre segment

Un prime cost ne se juge pas dans l'absolu, il se juge par rapport à votre modèle. Une pizzeria et un bistronomique n'ont ni la même structure d'achats ni le même besoin de personnel. Voici les fourchettes couramment admises dans le secteur.

  • Restauration traditionnelle et bistrot : 60 à 65 %. Coût matière autour de 28 à 32 %, masse salariale autour de 30 à 35 %. C'est la référence la plus répandue en indépendant.
  • Restauration rapide : souvent plus bas côté personnel, avec un service simplifié et des amplitudes maîtrisées, mais un coût matière qui remonte vite sur les produits d'appel.
  • Cuisine élaborée et gastronomique : structurellement plus haut, parfois au-delà de 70 %, à cause des brigades étoffées et des produits nobles. Le modèle ne tient que sur un ticket moyen élevé et un loyer proportionnellement faible.
  • Pâtisserie et boulangerie : profil inversé, avec un coût matière plus bas et une main-d'œuvre de production plus lourde.
À retenir

La vraie référence, ce n'est pas la moyenne du secteur, c'est votre propre historique. Un prime cost à 66 % stable depuis deux ans dans un restaurant qui paie son loyer et son dirigeant vaut mieux qu'un 62 % obtenu un mois par hasard.

Que faire quand le prime cost dérape

Un ratio qui monte de deux à trois points sur un mois n'est jamais dû au hasard. Reprenez le chiffre de Luigi : passer de 64 à 68 % sur son mois, ce sont environ 1 280 € qui disparaissent, soit près de 15 000 € sur une année pleine. Avant de toucher à la carte ou aux plannings, isolez d'où vient l'écart.

  1. Séparez les deux moitiés. Un prime cost qui monte, c'est soit les matières, soit le personnel, rarement les deux. Comparez chaque poste au même mois de l'année précédente, pas au mois d'avant : la saisonnalité fausse tout.
  2. Si l'écart vient des matières, regardez dans l'ordre : hausses de tarifs fournisseurs non répercutées, portions qui ont grossi depuis l'arrivée d'un nouveau cuisinier, pertes et gaspillage, offerts non enregistrés, erreurs de réception non contrôlées.
  3. Si l'écart vient du personnel, sortez les heures travaillées par service et confrontez-les au nombre de couverts servis. Le coupable est souvent identifiable : un service en trop le lundi soir, une ouverture à deux qui pourrait se faire à une, des heures supplémentaires devenues structurelles.
  4. Vérifiez le dénominateur. Parfois ce ne sont pas les charges qui montent, c'est le chiffre d'affaires qui baisse. Une fréquentation en recul de 5 % avec la même équipe fait mécaniquement grimper le ratio et la réponse n'est plus la même.

Un dernier réflexe utile : vérifiez l'impact sur votre seuil de rentabilité. Deux points de prime cost en plus, c'est du chiffre d'affaires supplémentaire à réaliser chaque mois pour couvrir les mêmes charges fixes.

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Les erreurs de calcul les plus fréquentes

Un prime cost mal calculé est pire qu'un prime cost non calculé : il vous rassure à tort. Voici les erreurs que je retrouve le plus souvent dans les tableaux que l'on me transmet.

  • Utiliser les achats à la place de la consommation. L'erreur la plus courante. Sans inventaire, vous suivez vos commandes.
  • Ne compter que les salaires bruts. Oublier les charges patronales sous-estime la moitié personnelle du ratio de plusieurs points et rend toute comparaison sectorielle inutile.
  • Oublier le dirigeant. Un exploitant qui travaille sept services par semaine sans se rémunérer affiche un ratio flatteur qui masque un modèle non viable dès qu'il faudra le remplacer.
  • Mélanger HT et TTC. Charges hors taxes rapportées à un CA TTC : le ratio baisse mécaniquement de plusieurs points sans qu'aucune économie n'ait été réalisée.
  • Oublier extras et intérim. Ils ne sortent pas du journal de paie mais ils font bien partie du coût du personnel.
  • Changer de méthode en cours de route. Peu importe la convention retenue sur les cas limites, gardez la même toute l'année. C'est la comparaison dans le temps qui a de la valeur, pas la décimale.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que le prime cost en restauration ?

Il additionne deux postes : la consommation de matières premières (nourriture et boissons) et la masse salariale chargée. Rapporté au chiffre d'affaires hors taxes, il donne le pourcentage du CA absorbé par les deux plus grosses dépenses du restaurant.

Quel est un bon prime cost pour un restaurant ?

En restauration traditionnelle, une fourchette de 60 à 65 % du chiffre d'affaires laisse de quoi payer le loyer, les charges fixes et dégager un résultat. Au-delà de 70 %, il ne reste presque rien une fois le loyer et les emprunts réglés.

Faut-il inclure les charges patronales dans le prime cost ?

Oui. On travaille sur la masse salariale chargée : bruts, charges patronales, extras, intérim et rémunération du dirigeant qui travaille dans l'établissement. Ne compter que les bruts sous-estime le ratio de plusieurs points.

À quelle fréquence calculer son prime cost ?

Une fois par mois, avec un inventaire de fin de période. Certains exploitants le suivent chaque semaine en version approchée pour réagir plus vite sur les plannings et les commandes.

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L'auteur

Florian Astier

Contrôleur de gestion en restauration depuis plus de 10 ans, auteur de « La Gestion en Restauration ». J'aide les restaurateurs à piloter leurs chiffres avec méthode, sans jargon.

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