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Plan Marketing de Restaurant : le Budget et le Calendrier Annuel

La plupart des restaurateurs ne manquent pas d'idées pour se faire connaître. Ce qui leur manque, c'est une enveloppe chiffrée et un calendrier : sans ça, on dépense au coup par coup, en décembre quand la salle est déjà pleine et jamais en février quand elle est vide.

Restauratrice construisant le plan marketing annuel de son établissement

Cet article ne parle pas des canaux eux-mêmes. Il parle de la question qui vient avant : combien y mettre, quand le dépenser et comment vérifier que ça revient en couverts. Autrement dit, comment traiter le marketing comme une ligne de votre prévisionnel, pas comme une dépense d'humeur.

Je vois deux erreurs revenir sans arrêt dans les établissements que j'accompagne. La première : aucun montant défini, donc chaque dépense est arbitrée dans l'urgence. La seconde : tout l'argent part sur les mois déjà pleins, alors que les mois creux sont ceux qui ont besoin d'aide.

Combien consacrer au marketing, en % du chiffre d'affaires

Il n'existe pas de montant universel, mais il existe une méthode : raisonner en pourcentage du chiffre d'affaires prévisionnel, pas en euros décidés au feeling. C'est le seul cadrage qui reste cohérent quand l'activité monte ou descend.

Les fourchettes couramment retenues en restauration indépendante :

  • Établissement installé, clientèle en place : 2 à 4 % du chiffre d'affaires annuel. L'essentiel sert à entretenir la visibilité existante et à passer les creux de saison.
  • Première année d'exploitation, reprise ou changement de concept : 5 à 8 %. Il faut payer le coût de la notoriété qu'on n'a pas encore, pendant un temps limité.
  • Emplacement très passant avec une clientèle de flux : souvent moins. La rue fait une partie du travail, l'enveloppe se concentre alors sur la réputation en ligne.

Sur un chiffre d'affaires de 400 000 €, 3 % représentent 12 000 € par an, soit 1 000 € par mois en moyenne. Écrit comme ça, le montant paraît confortable. Réparti entre un site à maintenir, des photos, quelques opérations et un peu de publicité locale, il se remplit vite. D'où l'intérêt de poser l'enveloppe avant de dire oui au premier commercial qui passe.

Le bon moment pour fixer l'enveloppe

Au moment où vous construisez votre budget prévisionnel annuel, en même temps que le loyer et la masse salariale. Une ligne marketing ajoutée en cours d'année est toujours perçue comme un coût subi. Inscrite dès le départ, c'est un investissement arbitré.

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Comment répartir l'enveloppe entre le récurrent, les temps forts et la réserve

Une fois le montant annuel posé, la question devient : quelle part à quoi. Je conseille de découper en trois blocs, dans cet ordre de priorité.

01 Le socle récurrent (environ la moitié)

Ce qui tourne toute l'année et qui doit être payé quoi qu'il arrive : hébergement et maintenance du site, photos professionnelles refaites au moins une fois par an, outil d'emailing, entretien de la fiche établissement et réponses aux avis. Ce bloc ne fait pas de pic de réservations, il empêche l'érosion lente. C'est la partie qu'on coupe en premier quand ça va mal, à tort.

02 Les temps forts (environ un tiers)

Trois à cinq opérations par an, pas quinze. Une opération demande de la préparation, des visuels, parfois du stock et du personnel supplémentaire. Un restaurant indépendant qui tente une animation par mois s'épuise et n'en réussit aucune. Mieux vaut quatre rendez-vous préparés que douze improvisés.

03 La réserve (10 à 15 %)

Le budget qui reste disponible pour ce qu'on n'avait pas prévu : un article dans la presse locale à relayer, un concurrent qui ouvre en face, une semaine catastrophique en février qu'il faut rattraper. Sans réserve, chaque imprévu se finance en annulant autre chose.

Sur la répartition entre canaux, je ne vais pas trancher à votre place : elle dépend de votre clientèle et de votre emplacement. Le détail de ce que rapporte chaque canal est traité ailleurs, notamment dans le guide sur la fiche Google Business Profile et dans celui sur les réseaux sociaux. Une seule règle de cadrage ici : ne mettez pas plus d'un quart de votre enveloppe sur un canal que vous ne mesurez pas.

« Un plan marketing sans date et sans montant, c'est une liste de bonnes intentions. »

Construire le calendrier sur douze mois

Le calendrier se construit à l'envers de l'intuition. On ne part pas des idées d'animations, on part de la courbe d'activité de l'établissement. Sortez vos chiffres d'affaires mensuels des deux dernières années, mettez-les côte à côte et regardez où sont les trous.

Cette saisonnalité est le squelette du plan. Elle vous dit deux choses : quels mois ont besoin d'être remplis et quels mois n'ont besoin de rien. Dépenser en décembre dans un restaurant déjà complet en décembre, c'est financer des couverts que vous auriez eus de toute façon.

Ensuite, placez les rendez-vous dans cet ordre :

  • Les dates imposées par votre métier. Fêtes de fin d'année, Saint-Valentin, fête des mères, rentrée de septembre : elles se préparent deux à trois mois à l'avance, pas la semaine d'avant.
  • Les creux à combattre. Typiquement janvier, février et le mois d'août selon votre zone. C'est là que la dépense a le plus d'effet, parce qu'elle crée du chiffre qui n'existerait pas.
  • Les rendez-vous propres à votre établissement. Changement de carte, anniversaire d'ouverture, arrivée d'un nouveau chef, terrasse qui rouvre. Ce sont vos vraies occasions de reprendre la parole sans forcer.
  • Les actions de fond, réparties toute l'année. Relance du fichier client, collecte d'avis, mise à jour des photos de saison.
Le piège du calendrier trop chargé

Une opération mal préparée coûte deux fois : l'argent dépensé et la déception des clients venus pour quelque chose qui n'était pas au niveau. Si vous hésitez entre garder une animation et la faire correctement, gardez-en moins.

Exemple concret : le plan annuel de Nadia

Nadia tient une pâtisserie de quartier avec un salon de thé. Son chiffre d'affaires annuel tourne autour de 260 000 € et son activité est très saisonnée : décembre et la période de Pâques font le double d'un mois ordinaire, tandis que juillet et août s'effondrent. Elle fixe son enveloppe marketing à 3 % du chiffre d'affaires.

Chiffre d'affaires annuel260 000 €
Enveloppe marketing = 260 000 × 3 % = 7 800 €
Socle récurrent (site, photos, emailing, avis)3 900 €
Temps forts : galette, Pâques, fête des mères, Noël2 900 €
Réserve non affectée1 000 €

Le point intéressant n'est pas le montant, c'est la répartition dans le temps. Nadia engage l'essentiel de ses dépenses en octobre et novembre pour le pic de décembre, puis en février et mars pour Pâques. Elle ne dépense presque rien pendant les deux mois où elle vend le plus, parce que ces clients-là viennent déjà. En revanche, elle garde une action l'été, quand son quartier se vide : une offre goûter à emporter poussée sur son fichier client, financée sur la réserve.

Résultat concret la première année : elle a arrêté deux dépenses récurrentes qu'elle payait sans y penser, ce qui a libéré de quoi refaire toutes ses photos de vitrine. Ça n'a rien coûté de plus, c'est juste devenu visible dans un tableau.

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Mesurer si ça rapporte, sans se raconter d'histoires

C'est l'étape que presque personne ne fait. C'est pourtant elle qui rend le plan de l'année suivante utile. Sans mesure, vous reconduisez chaque année les mêmes dépenses sans savoir lesquelles servent.

La règle de base : décidez de l'indicateur avant l'opération, pas après. Sur une action ponctuelle, choisissez-en un seul parmi les trois suivants.

  • Le nombre de couverts supplémentaires sur la période, comparé à une période équivalente sans opération. C'est la mesure la plus honnête pour une animation qui vise le remplissage.
  • Le ticket moyen. Pertinent quand l'opération vise à faire consommer davantage les clients déjà présents, pas à en faire venir de nouveaux.
  • Le nombre de réservations ou de commandes tracées via un code, une offre nominative ou une simple question posée à l'encaissement.

Ensuite, rapportez le gain de marge brute au coût engagé pour obtenir le retour sur investissement. Attention au raccourci classique : ce n'est pas le chiffre d'affaires supplémentaire qu'il faut comparer à la dépense, mais ce qu'il en reste une fois les matières payées. Une opération qui génère 3 000 € de chiffre d'affaires supplémentaire avec 70 % de marge brute laisse 2 100 € : si elle a coûté 800 €, elle est rentable. Si elle a coûté 2 500 €, elle ne l'est pas, même si la salle était pleine.

Certaines dépenses restent difficiles à attribuer. C'est normal. Personne ne peut dire précisément ce que rapporte une bonne photo ou une réponse polie à un avis négatif. Ces dépenses-là relèvent du socle : on ne les évalue pas au coup par coup, on vérifie simplement une fois par an que la réputation et la fréquentation ne se dégradent pas.

Le rendez-vous à ne pas sauter

Une heure en fin d'exercice, avec le tableau des dépenses de l'année d'un côté et les résultats de l'autre. Trois colonnes suffisent : ce que je reconduis, ce que j'arrête, ce que j'essaie. C'est ce document qui devient le plan de l'année suivante.

Questions fréquentes

Quel budget marketing prévoir pour un restaurant ?

Pour un établissement installé, une enveloppe de 2 à 4 % du chiffre d'affaires annuel est une base de travail raisonnable. La première année d'exploitation ou lors d'un repositionnement, il est courant de monter autour de 5 à 8 %, le temps de se faire connaître.

Faut-il un budget marketing quand le restaurant est déjà plein ?

Oui, mais pas pour la même chose. Quand la salle est pleine, l'argent sert à protéger l'existant : photos à jour, fiche établissement entretenue, réponses aux avis, fichier client. Un restaurant plein peut se vider en quelques mois si personne n'entretient sa visibilité.

À quel moment préparer le calendrier de l'année ?

En même temps que le budget prévisionnel, deux à trois mois avant le début de l'exercice. Une opération de fin d'année se prépare en septembre, pas le 10 décembre : les visuels, les stocks et les réservations de groupe demandent des semaines d'avance.

Comment savoir si une opération a rapporté ?

Fixez avant l'opération l'indicateur que vous regarderez : couverts supplémentaires, ticket moyen ou réservations tracées. Comparez ensuite à une période équivalente sans opération, puis rapportez le gain de marge brute au coût engagé.

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L'auteur

Florian Astier

Contrôleur de gestion en restauration depuis plus de 10 ans, auteur de « La Gestion en Restauration ». J'aide les restaurateurs à piloter leurs chiffres avec méthode, sans jargon.

Votre budget marketing est-il calibré comme celui de Nadia ?

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