Fiche Technique de Plat en Restauration : le Guide Complet (Méthode + Exemple Chiffré)
Une fiche technique bien faite, ce n'est pas une formalité de cuisine. C'est le document qui vous dit, plat par plat, combien vous coûte chaque assiette et si le prix que vous affichez a un sens. Sans elle, vous fixez vos prix au feeling.

Beaucoup de restaurateurs connaissent le principe de la fiche technique sans jamais l'avoir vraiment construite. Ils fixent leurs prix au ressenti, en regardant ce que fait le voisin, puis découvrent en fin d'année que certains plats les plus vendus sont aussi ceux qui rapportent le moins.
Dans ce guide, je vous montre comment construire une fiche technique de plat étape par étape, avec un exemple chiffré complet, pour que chaque prix sur votre carte soit posé sur un calcul et pas sur une impression.
À quoi sert vraiment une fiche technique de plat
On pense souvent que la fiche technique sert surtout à former une nouvelle recrue en cuisine. C'est vrai, mais ce n'est pas sa fonction principale. Bien construite, elle sert à trois choses concrètes.
- Fixer un prix de vente justifié, pas un prix copié sur la concurrence ou choisi parce qu'il « sonne bien » sur la carte.
- Encaisser une hausse fournisseur sans attendre. Si le prix du bœuf grimpe de 8 %, vous savez en une minute l'effet exact sur la marge de chaque plat concerné.
- Garder une régularité en cuisine, quel que soit le commis qui prépare le plat, sur le grammage comme sur le dressage.
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Une fiche technique complète tient sur une page par plat. Elle se construit dans un ordre précis, chaque étape s'appuyant sur la précédente.
Pesez, ne mesurez pas au jugé. Une fiche technique construite sur des quantités approximatives donne un coût matière approximatif, donc un prix de vente approximatif. Une balance de cuisine suffit.
01 Le nom du plat et la portion de référence
Indiquez le nom exact tel qu'il apparaît sur la carte, le nombre de portions que produit la recette et le poids ou le volume d'une portion servie. C'est la base de tout le reste du calcul.
02 La liste des ingrédients avec les quantités précises
Chaque ingrédient de la recette, avec sa quantité exacte en grammes, en millilitres ou en unités. Comptez aussi les éléments qu'on oublie facilement : l'huile de cuisson, l'assaisonnement, la garniture, la sauce d'accompagnement. Un plat sans sa garniture n'est pas chiffré, il est sous-chiffré.
03 Le coût matière par ingrédient
Pour chaque ligne, multipliez la quantité utilisée par le prix d'achat au kilo, au litre ou à l'unité de l'ingrédient. Additionnez toutes les lignes : vous obtenez le coût matière du plat, la base de tout le calcul qui suit.
04 Le prix de revient du plat
Le coût matière calculé à l'étape précédente constitue en général l'essentiel du prix de revient d'un plat. Certains y ajoutent une quote-part d'énergie ou de petit matériel, mais pour la majorité des cartes, le coût matière suffit à fixer un prix de vente cohérent.
05 Le prix de vente et la marge visée
Divisez le coût matière par le food cost cible de votre établissement, en général entre 28 et 32 % selon le segment. Vous obtenez un prix de vente indicatif, que vous ajustez ensuite au marché, au positionnement et à ce que le plat représente sur la carte. C'est cette différence entre le prix de vente et le coût matière qui forme la marge unitaire du plat.
06 Les allergènes et les informations obligatoires
Listez les 14 allergènes majeurs présents dans la recette à partir des fiches techniques ou étiquettes de vos fournisseurs. C'est le moment le plus fiable pour le faire, puisque vous avez déjà tous les ingrédients sous les yeux, ligne par ligne.
« Un prix de vente qui n'est adossé à aucun calcul, c'est un pari, pas une décision. »
Voici à quoi ressemble ce calcul appliqué à un plat concret : une bavette à l'échalote, servie chez Julien, un restaurant traditionnel.
Julien affiche finalement sa bavette échalote à 16,50 € HT sur la carte, un peu au-dessus du prix indicatif calculé, parce que le plat est un best-seller et que la concurrence pratique des prix similaires dans son quartier. Son coût matière réel tombe alors à 26 %, sous sa cible : une marge de manœuvre bienvenue le jour où le prix du bœuf remonte. Sur cette fiche, il note aussi les allergènes présents : lait (beurre) et gluten si la sauce est liée à la farine.
Les erreurs qui faussent le calcul
Une fiche technique mal construite donne une fausse impression de précision. Voici les erreurs les plus fréquentes.
- Oublier les à-côtés du plat principal : pain, sauce, garniture, condiments. Chacun a un coût, aussi petit soit-il.
- Se fier à un prix d'achat ancien sans le mettre à jour après une hausse fournisseur.
- Ne jamais confronter le coût matière théorique de la fiche au coût matière réel constaté sur les achats et l'inventaire. L'écart révèle souvent des pertes en cuisine.
- Fixer le prix de vente uniquement sur le coût matière, sans regarder ce que pratique la concurrence sur un plat équivalent.
La fiche technique donne un prix de vente indicatif, pas un prix figé. Elle vous dit ce que le plat doit coûter au minimum pour tenir votre marge. Le prix final reste une décision de positionnement.
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Questions fréquentes
Une fiche technique de plat, ça sert vraiment à quoi au quotidien ?
À fixer un prix de vente justifié, à former une équipe qui tourne sans perdre en régularité et à repérer tout de suite l'effet d'une hausse de prix fournisseur sur votre marge.
Faut-il une fiche technique pour chaque plat de la carte ?
Idéalement oui, mais si le temps manque, commencez par les plats les plus vendus et ceux dont le coût matière vous semble incertain. Vous complétez la carte au fil de l'eau.
Comment fixer le prix de vente à partir du coût matière ?
Vous divisez le coût matière du plat par le food cost cible de votre établissement, en général 28 à 32 %. Coût matière ÷ taux cible = prix de vente hors taxes indicatif, à ajuster ensuite au marché et au positionnement.
Les allergènes sont-ils obligatoires sur une fiche technique ?
La fiche technique interne n'est pas un document réglementaire, mais l'information des 14 allergènes majeurs l'est côté client. Autant la construire directement dans la fiche technique pour ne rien oublier au moment de la carte.
Pour aller plus loin
Vos fiches techniques donnent-elles des prix aussi solides que ceux de Julien ?
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